L’atelier

Le luthier


Je suis né à Aoste le 9 février 1970. Après le Liceo Scientifico d’Aoste et un début d’études d’ingénierie au Politecnico de Milan, j’ai interrompu mon parcours pour m’inscrire en 1994 à la Scuola statale di Liuteria « Antonio Stradivari » à Crémone, où j’ai obtenu mon diplôme de luthier en 1998 dans la classe du maître Stefano Conia. Ces années à Crémone ont été essentielles pour ma formation, me permettant de maîtriser les techniques classiques de construction et de restauration des instruments.

Après l’école, j’ai consolidé mon expérience en fréquentant différents ateliers et en vendant mes premiers instruments réalisés à la maison. L’expérience dans le laboratoire d’Alessandro Voltini a été déterminante : j’y ai approfondi la construction d’instruments neufs, les techniques de restauration, la mise au point acoustique et la finition des vernis, tout en réalisant mes propres instruments sous sa supervision.

En 2007, je me suis installé à Syracuse. Pendant ces années, je me suis consacré principalement aux réparations, aux restaurations et à la maintenance des instruments, en particulier des contrebasses et des archets. Cette longue expérience m’a permis de perfectionner mon savoir-faire et d’accompagner de nombreux musiciens dans leur pratique.

Aujourd’hui, j’ai repris l’atelier Tranin pour fonder Contempo Lutherie, avec l’objectif de proposer des instruments de lutherie contemporaine, alliant tradition et exigence moderne. Mon engagement reste de construire et restaurer des instruments fiables en m’appuyant sur toutes ces années de formation et d’expérience pratique.

Le lieu et le savoir-faire : une histoire lyonnaise depuis 1876

Depuis sa fondation en 1876 par Paul François Blanchard, l’atelier s’inscrit dans la grande tradition de la lutherie lyonnaise. Formé à Mirecourt, puis auprès d’Auguste Darte et dans l’orbite de Jean-Baptiste Vuillaume à Paris, Blanchard s’installe à Lyon, au 77 rue de la République, à tout juste vingt-cinq ans. Nommé luthier du Conservatoire de Lyon et de l’orchestre municipal, il fonde un atelier réputé pour la qualité de ses instruments, souvent signés Lugdunum.
Son activité conjugue fabrication artisanale et production organisée : Blanchard réalise lui-même les instruments de prestige, tandis qu’une petite équipe fabrique des violons d’étude inspirés des modèles de Mirecourt et de la famille Sylvestre. Cette approche fait de sa maison une véritable petite manufacture lyonnaise, conciliant exigence d’artisan et diffusion plus large du savoir-faire.

En 1913, l’atelier est repris par Émile Boulangeot (1877–1946), ancien élève de Gustave Bernardel puis de Caressa & Français à Paris. Fidèle à la tradition lyonnaise, il conserve les modèles de Blanchard tout en développant sa propre facture, identifiable par un vernis huile rouge-orangé et une élégance de conception. Il produit près de 200 instruments et maintient l’excellence de la maison dans une période où la demande en instruments français reste forte.
En 1928, la direction passe à Georges Coné (1877–1958), lui aussi originaire de Mirecourt et luthier du Conservatoire et de l’Orchestre Philharmonique de Lyon. Sous son impulsion, la production s’intensifie : l’atelier devient l’un des plus actifs de la région, tout en conservant une qualité irréprochable. Son fils Robert le rejoint et prolonge l’activité jusqu’à la fin des années 1970. Ensemble, ils incarnent une période de continuité et de maîtrise, marquée par leurs vernis rouges profonds et un style précis, identifiable entre tous.
En 1983, Dominique Camard prend la succession de Robert Coné. L’atelier déménage alors au 32 rue de la République, lors de l’agrandissement du Pathé Bellecour. Sous sa direction, le lieu évolue : moins centré sur la fabrication d’instruments neufs, il se consacre davantage à la vente, la location et la restauration.
C’est auprès de Dominique Camard que Frédéric Tranin fait son apprentissage ; il lui succède en 2012 après près de vingt ans de collaboration. Frédéric perpétue l’esprit d’exigence et de proximité avec les musiciens jusqu’à son décès en 2018. Par la suite, l’atelier est administré par son fils Jean-Baptiste, qui en assure la continuité jusqu’à mon arrivée à l’atelier en 2020, en tant que luthier chef.

Contempo marque la volonté de prolonger un héritage tout en affirmant une orientation résolument contemporaine. Mon ambition est de faire vivre cet espace historique en y invitant la création d’aujourd’hui, dans une démarche artisanale exigeante, actuelle et ouverte. Contempo prolonge ainsi près de cent cinquante ans d’histoire lyonnaise, en inscrivant la main du luthier dans le présent — et dans la musique de demain.